
Dans les mythologies, la métallurgie est une activité réservée aux dieux parce qu'ils manient le feu dans des conditions exceptionnelles d'intensité, et puis, avec de la terre on fait du métal, réalisant ainsi la transmutation de la matière. On ne peut donc pas confier une telle activité à des hommes ordinaires.
Les prussiens et saxons qui réalisaient les premières fusions de nickel, prétendaient que pour parvenir à la fusion du " métal du diable ", comme on appelle le nickel, il fallait bénéficier du soutien du " vieux Nick ", un gnome des montagnes dans la mythologie germanique. C'est pour cela que ce minerai a pris ce nom.
En 1863, Jules Garnier, envoyé par le ministère des colonies pour vérifier la présence éventuelle d'or, découvre du minerai de nickel, sous la forme de "garniérite" (hydrosilicate de nickel et de magnésie).
En 1873, la découverte d'un riche filon de garniérite, au Mont Dore, met en émoi toute la colonie.
Un colon, John Higginson, associé à Hanckar, obtient, une concession pour le minerai de nickel, à Thio, la mine Belvédère, juste au dessus de l'actuel village de Thio. Pour la petite histoire, il faut rappeler que cette mine a été découverte et déclarée par Le Mescam qui la revend peu après.
Assez rapidement des concessions sont attribuées à Canala (Boa Kaine), Houaïlou (Bel Air), Nakéty (Bienvenue) etc .
Compte tenu du coût, de la durée et des aléas des transports pour amener le nickel sur les lieux d'utilisation, on a tout de suite cherché à réaliser sur place les premières transformations du minerai.
Higginson et Hanckar sont à l'origine de la première usine de transformation du nickel qui est érigée près de la baie des pécheurs.(1877).
Mais cette entreprise, à laquelle participe Jules Garnier qui a d'ailleurs conçu l'usine, périclite rapidement et fermera ses portes en 1884.
1880, fondation de la SLN à laquelle participe toujours Higginson. La banque Rotschild consent des prêts importants qui seront ultérieurement transformés en part de capital.
Devant les difficultés pour trouver de la main d'uvre, la SLN fait venir : 600 chinois en 1884, 500 japonais en 1893, puis des javanais dès 1896.
Un peu plus tard, en 1902, Lucien Bernheim fonde la société le Chrome.
La société des Hauts Fourneaux est fondée par Ballande en 1909, et installe une usine sur la pointe Doniambo ; 200 ouvriers y travaillent.
Higginson a installé une petite usine à Tao.
La SLN qui a une usine à Thio la renforce d'un deuxième four.
Bernheim se prépare à installer une importante usine électrométallurgique à Yaté.
En 1919, Ballande rachète le domaine minier de Inco.
1919, mort de Lucien Bernheim . La Société Le Chrome propose à SLN la reprise d'une grande partie du capital , le domaine minier et la concession hydraulique de Yaté. Finalement la SLN prend le contrôle de le Chrome.
1921, fort développement de la SLN à Thio où a fonctionné, pendant quelques temps, une usine de fusion, à la fin du siècle précédent, puis une fonderie de 1908 à 1912. En 1926, se termine le premier barrage hydro-électrique sur la Yaté, qui alimente une usine produisant, en 1927, la première fusion électro-métallurgique.
Les cours mondiaux du nickel sont à la baisse, la situation est donc mauvaise. De 1928 à 1938, les deux sociétés Hauts Fourneaux/Calédonia d'une part et SLN d'autre part entreprennent une démarche de rapprochement qui aboutit à la fusion. La SLN absorbe HF/Calédonia. L'ensemble des productions métallurgiques est regroupé dans de nouvelles installations à Doniambo.
La réorganisation est une réussite à mettre principalement au crédit de MM. Ducastel, Président et Guéneau, Directeur général.
Arrive la guerre 39/45 et la coupure quasi absolue des relations entre métropole et Nouvelle Calédonie. Des accords sont passés entre SLN et le gouvernement US. Celui ci finance le fonctionnement de l'usine qui peut donc continuer à produire.
Après la guerre, l'assainissement financier peut être entrepris, et le développement pourra repartir.
Les productions métallurgiques pourront être diversifiées (mattes, ferro-nickels, grenaille) et augmentées.
En 1948, la production est de 15.000 tonnes, elle est de 53.413 tonnes en 1996.
La population nouméenne s'est plainte pendant longtemps des pollutions atmosphériques de l'usine de Doniambo. Mais elles ont beaucoup diminué aujourd'hui.
La SLN a employé jusqu'à environ 7000 personnes en 1970. Les effectifs sont revenus à 2.150 en 1996 dont 1.490 dans le secteur métallurgie.
Il faut signaler que pendant la guerre 39/45 le navire Notou de la SLN, à bord duquel se trouve M.Vois le directeur, est capturé par un corsaire allemand et tout l'équipage sera prisonnier pendant de nombreuses années. Deux ans plus tard, un autre navire de la SLN le Cagou, sera torpillé par un sous marin japonais.
Les projets d'usine ont toujours été nombreux en Nouvelle Calédonie et font l'objet des quolibets du peuple.
Dans les années 1970, Louis Verger étant gouverneur, sous la présidence de Pompidou, des projets grandioses avaient été étudiés. Verger annonçant 200.000 tonnes de produits métallurgiques à brève échéance.
Inco devait construire une usine dans la région de Prony et BRGM/Cofremmi devait construire une usine dans la région de Poum/Golone.
C'est d'ailleurs dans cette optique qu'avaient été édifiées les cités de Magenta et de Saint Quentin.
Les accords de Matignon (1988) comportaient un volet minier qui a permis à la province Nord d'obtenir un domaine minier très intéressant.
La province Nord, qui a d'abord racheté le domaine minier Lafleur, avec l'aide de l'état, a donc conclu des accords avec Falconbridge, industriel canadien, pour réaliser une usine dans le nord après des échanges complexes avec la SLN.
Yves Rambaud, le président de la SLN a d'ailleurs à cette occasion montré une grande détermination qui lui a valu un fort soutien de son actionnariat.
Inco qui a toujours des projets concernant les latérites du sud, a réalisé près de Prony, une usine pilote pour étudier de nouvelles méthodes de production.(1999)
Comme toutes les matières premières le nickel est soumis à des périodes d'expansion et de récession.
Bernard Brou cite un " boom " dans les années 1890 ; un autre est encore présent dans les mémoires : celui des années 1968/1975. Les " booms " frappent les esprits par les enrichissements subits qu'ils génèrent ainsi que par les faillites terribles qui s'ensuivent, chacun, avec ses cortèges d'excès de toutes sortes. Malheureusement les récessions sont plus graves encore avec le chômage qui s'installe et qui dure.
A coté de la métallurgie a toujours existé une forte production de minerais pour l'exportation directe mais pas seulement dans le nickel.
LA MINE DE NICKEL
Au XIXè siècle, et encore partiellement aujourd'hui, la mine est une activité de main d'uvre. Lorsque la mécanisation est peu développée le nickel demande une main d'uvre nombreuse. Pendant une partie du temps du bagne, Higginson et SLN vont bénéficier de main d'uvre pénale à des conditions très avantageuses. On appelle cela des " contrats de chair humaine ".
Les conditions de travail sont d'une dureté excessive et les protestations sont nombreuses.
Le minerai est attaqué au pic, à la pioche, la barre à mine, la pelle ; le minerai riche est trié à la main car il faut économiser sur le transport. On ne transporte d'abord que du minerai très riche ( de 12% à 15%), les teneurs faibles et les stériles sont rejetés sans précaution. La pollution existe mais porte sur des quantités modestes.
De 1875 à 1878, seulement 8000 tonnes de minerai sont exportées, mais il faut savoir que la consommation mondiale annuelle ne dépasse pas alors 500 tonnes de métal.
Puis arrive l'époque des petites voies ferrées et des grands clippers transocéaniques.
Chaque bassin minier important a sa voie ferrée notamment à Thio, ou dans les bassins de Népoui et du nord ; et de superbes voiliers parcourent les hémisphères pour transporter le précieux minerai. Ce tour du monde, par le cap Horn, en suivant les alizés, dure environ un an car le chargement lui même, avec de petites barges prend de longues semaines parfois plusieurs mois.